Lire un tableau de données à voix haute : ce qu'une synthèse vocale en fait
Un tableau se lit d'un coup d'œil ; à l'oreille, il arrive case après case, sans ses en-têtes. Ce qu'une voix de synthèse fait vraiment d'un tableau, pourquoi nous ne cherchons pas à le jouer, et la façon d'écrire pour que l'information passe quand même.
Un tableau est fait pour l'œil. Il range des chiffres en lignes et en colonnes pour qu'on les compare d'un regard : une valeur se lit par rapport à son en-tête de colonne, en haut, et à son libellé de ligne, à gauche. L'oreille ne travaille pas ainsi. Elle reçoit un mot après l'autre, sans pouvoir revenir en arrière ni regarder plus loin. Un tableau de résultats, de tarifs, d'horaires ou de scores lu par une voix de synthèse pose donc un problème que la beauté de la voix ne résout pas : ce n'est pas une question de timbre, c'est une question de structure.
La question revient dès qu'un contenu est un peu chiffré. Une rédaction qui publie un palmarès, une collectivité qui met en ligne une grille d'horaires, un rapport qui aligne des exercices comptables : tous contiennent des tableaux, et tous se demandent, au moment d'ajouter l'audio, ce que leur tableau va devenir à l'écoute. La réponse honnête commence par ce que fait réellement l'outil, et non par ce qu'on aimerait qu'il fasse.
Ce qu'un tableau devient quand on le lit
Une voix lit un tableau dans l'ordre où le texte se présente : de gauche à droite, de haut en bas, case après case. La grille disparaît. L'en-tête de colonne est prononcé une fois, en tête, puis plus jamais : les valeurs qui suivent défilent sans qu'on rappelle à quoi chacune se rapporte. Au bout de la troisième ligne, l'auditeur a perdu le fil de ce que signifie le deuxième nombre de chaque rangée, parce que rien, à l'oral, ne le lui redit.
C'est vrai quel que soit le chemin par lequel le texte nous arrive. Une page web passe par un nettoyage qui retire les attributs des balises mais garde le texte des cellules, puis ce texte est lu dans son ordre d'apparition. Un article en Markdown garde la ponctuation de son tableau, les barres verticales et les tirets de séparation, que le préparateur de texte laisse volontairement tranquilles. Dans les deux cas, aucune règle propre aux tableaux n'intervient : la préparation de WeDispatch sait traiter les nombres, les dates, les unités et les sigles, mais elle ne reconstruit pas une structure à deux dimensions pour la raconter à voix haute.
Pourquoi nous ne cherchons pas à « jouer » le tableau
On pourrait imaginer une règle qui dirait « colonne Prix, ligne Forfait Pro, quinze euros ». Nous ne l'avons pas écrite, et c'est un choix assumé. Le code le dit dans ses propres mots : les tableaux et les blocs de code ne sont pas traités, parce qu'ils ne se lisent pas de toute façon, et parce qu'une règle qui les toucherait risquerait d'attraper du texte ordinaire et d'abîmer la phrase du journaliste. Notre parti pris est de ne jamais réécrire un contenu pour l'oreille au risque d'en changer le sens ; verbaliser un tableau supposerait d'en deviner la logique, ligne par ligne, ce qu'aucune règle sûre ne sait faire sur un tableau quelconque. C'est la même ligne que celle de la page text to speech français : préparer la lecture sans jamais toucher au fond.
Autrement dit, nous préférons dire clairement qu'un tableau s'écoute mal plutôt que de promettre une lecture intelligente qui, sur un tableau inattendu, inventerait des rapprochements faux. Une donnée mal reliée à son en-tête est pire qu'une donnée absente : l'auditeur la retient comme vraie.
Ce qu'il faut écrire à la place
La bonne nouvelle, c'est que le remède est éditorial, pas technique, et qu'il sert aussi les lecteurs. Un tableau porte presque toujours une conclusion : une tendance, un écart, un maximum. Cette conclusion, écrivez-la en une phrase juste avant ou juste après le tableau. « Les tarifs vont de dix à quarante euros selon le volume, le palier intermédiaire étant le plus choisi » se lit parfaitement, et c'est ce que votre auditeur voulait savoir. Le tableau reste sur la page pour qui veut le détail chiffré ; la phrase porte l'information à l'oreille. C'est l'application directe de ce qu'on détaille dans écrire pour l'oreille.
Deuxième geste, quand le tableau n'ajoute rien à l'écoute : le retirer du texte lu sans le retirer de la page. Le bouton « Texte lu » permet de choisir ce que l'audio prononce et d'en écarter un bloc, exactement comme on écarte un encadré ou une publicité ; nous l'expliquons dans choisir le texte lu par l'audio. Un tableau de notes de bas de page ou une grille purement décorative gagne à sortir de la version audio.
Enfin, les nombres qui composent le tableau méritent la même attention qu'ailleurs : « 1 200 », « 3,5 % », « 15 h 30 » ont une lecture attendue et une lecture fausse, que le tableau soit lu ou que sa conclusion le soit à sa place. C'est le sujet de lire les nombres à voix haute en français, et il vaut pour chaque chiffre que vous décidez de faire entendre.
Le test à faire avant de décider
Prenez un de vos articles qui contient un vrai tableau. Lancez l'écoute et arrêtez-vous à l'endroit du tableau : écoutez uniquement ce passage. Vous saurez en trente secondes si la suite de valeurs garde un sens à l'oreille ou si elle se transforme en litanie de chiffres. Dans la plupart des cas, la réponse sera la même que la vôtre à la lecture : un tableau n'est pas fait pour être entendu. Reste alors à décider ce que votre auditeur doit emporter, et à l'écrire en une phrase. C'est moins de travail qu'il n'y paraît, et c'est le seul moyen honnête de faire passer un chiffre par l'oreille.
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