← Blog · 8 septembre 2026 · Read in English

Les mots composés à trait d'union, un piège discret de la synthèse vocale française

Peut-être, c'est-à-dire, arc-en-ciel, quatre-vingts, Sainte-Foy-lès-Lyon : le trait d'union change la lecture d'un mot. Ce qu'un moteur de synthèse vocale française en fait, et où il trébuche.

Le trait d'union est le signe de ponctuation dont on parle le moins, et c'est justement pour ça qu'il piège la synthèse vocale. Il ne se voit presque pas, il ne s'entend pas directement, et pourtant il décide si une suite de lettres se lit comme un mot unique, comme deux mots enchaînés ou comme une locution figée. « Peut être » et « peut-être » ne veulent pas dire la même chose et ne se lisent pas de la même façon. Un moteur qui traite le trait d'union comme une simple espace, ou au contraire comme une frontière nette, se trompe une fois sur deux.

Trois familles de traits d'union, trois comportements attendus

Tous les traits d'union ne posent pas le même problème. Il aide de les séparer en trois cas, parce que la bonne lecture n'est pas la même.

Le premier cas, ce sont les mots soudés par l'usage : « arc-en-ciel », « porte-monnaie », « garde-robe ». Ils se lisent d'un seul souffle, sans pause interne, comme un mot ordinaire. L'erreur classique du moteur est d'y marquer une micro-pause à chaque trait, ce qui hache « arc... en... ciel » et donne l'impression d'une énumération.

Le deuxième cas, ce sont les locutions et les charnières logiques : « c'est-à-dire », « peut-être », « vis-à-vis », « au-dessus ». Ici le groupe se lit lié, mais il porte souvent une légère inflexion, parce qu'il articule le raisonnement. Lu trop plat, « c'est-à-dire » perd sa fonction d'annonce et le sens de la phrase s'aplatit.

Le troisième cas, le plus délicat, ce sont les noms propres composés : « Sainte-Foy-lès-Lyon », « Villeneuve-d'Ascq », « Jean-Baptiste », « Aix-en-Provence ». Un nom de commune peut aligner cinq éléments, avec un « lès » ou un « sur » qui n'a rien d'un mot courant. Là, l'orthographe ne dit presque rien de la prononciation attendue, exactement comme pour les noms propres et lieux sans trait d'union.

Le cas des nombres, où le trait d'union change le compte

Il y a un endroit où le trait d'union ne change pas seulement le rythme mais le sens : les nombres écrits en lettres. Depuis les rectifications de 1990, tous les éléments d'un nombre composé se lient par des traits d'union, et cette règle éclaire une ambiguïté réelle.

| Écrit | Lecture attendue | Ce que ça vaut |
|-------|------------------|----------------|
| quatre-vingts | quatre-vingts | 80 |
| quatre-vingt-deux | quatre-vingt-deux | 82 |
| vingt-et-un | vingt-et-un | 21 |
| trois-cent-mille | trois-cent-mille | 300 000 |
| mille-neuf-cent-quatre-vingt-quatre | l'année complète | 1984 |

Un moteur qui lit correctement les nombres en chiffres peut buter sur les nombres en lettres, parce qu'il doit reconnaître que la chaîne entière forme un seul nombre avant de le dire. C'est le prolongement direct du travail décrit pour lire les nombres à voix haute : le chiffre est plus facile que le mot.

Ce que notre moteur en fait, sans surpromesse

Sur les composés lexicalisés et les locutions courantes, le moteur les traite comme des unités : « peut-être » et « c'est-à-dire » se lisent liés, sans la coupure qui trahit un traitement mot à mot. Cette lecture du trait d'union comme une liaison interne, et non comme une frontière, fait partie de ce que veut dire lire vraiment le français plutôt que le déchiffrer, et c'est le cœur du travail exposé sur la page text to speech français.

La limite honnête est encore une fois du côté des noms propres. Un composé rare, une graphie régionale, un patronyme peu fréquent : le moteur applique ses règles générales, et parfois il coupe là où il ne faut pas, ou il prononce « lès » comme « les ». Nous préférons le dire plutôt que promettre que la machine connaît chaque commune de France. Elle infère à partir de la forme, et une forme inhabituelle produit une lecture inhabituelle.

Le geste qui fixe la lecture d'un composé

Quand un mot composé compte, en général un nom propre ou un terme métier, la garantie ne vient pas de la voix mais du lexique de prononciation. Vous y déclarez une fois pour toutes comment « Sainte-Foy-lès-Lyon » ou le nom de votre marque doit se lire, et le moteur cesse de deviner sur ce mot précis. C'est le même principe que pour n'importe quelle prononciation qu'on veut verrouiller : on ne corrige pas la voix, on lui donne la réponse.

Comment tester un outil en deux minutes

Prenez trois phrases : « C'est-à-dire qu'il faudra peut-être attendre » (attendu : deux groupes liés, sans hachage), « Elle habite à Sainte-Foy-lès-Lyon » (attendu : un nom de commune lu d'un trait, avec un « lès » qui n'est pas « les ») et « Il a quatre-vingt-un ans » (attendu : 81, pas « quatre, vingt, un »). Un outil qui passe les trois lit le trait d'union pour ce qu'il est. Un outil qui hache les composés ou casse le nombre traite chaque segment isolément, et vous le saurez avant d'équiper tout un site.

Le trait d'union est un petit signe, mais c'est un bon révélateur. Il ne se rattrape pas au montage, il se joue à la lecture, et une seule coupure malvenue dans un nom de ville suffit à signaler que l'audio a été posé sans écoute. C'est exactement la finition qui sépare un outil qui prononce le français d'un outil qui le lit.

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