A priori, in fine, etc. : comment une voix française doit lire le latin
Le français est truffé de locutions latines, et une voix entraînée surtout en anglais les massacre. Ce qu'un moteur doit savoir pour lire « a priori » sans accent anglais, et l'abréviation qui piège tout le monde.
Le français écrit ne cesse d'emprunter au latin sans le traduire : a priori, in fine, de facto, grosso modo, curriculum vitae. Ces locutions sont si banales qu'on oublie qu'elles viennent d'ailleurs, jusqu'au moment où une machine les lit à voix haute. Là, elles révèlent d'un coup si le moteur lit vraiment un texte français ou s'il applique par défaut les réflexes d'une autre langue. Et le coupable le plus fréquent est connu : un modèle entraîné majoritairement en anglais lit le latin comme un anglophone, pas comme un francophone.
Le latin du français n'est pas le latin de l'anglais
Le point qu'on oublie, c'est que le latin n'a pas de prononciation unique. Le français a sa tradition, héritée de siècles d'usage scolaire et juridique, et elle diffère nettement de la lecture anglophone comme de la prononciation ecclésiastique. « A priori » se dit « a pri-o-ri » en français, pas « é prï-o-raï » comme le dirait un anglophone. « Curriculum vitae » se termine par « vi-té » chez nous, jamais par « vi-taï » ni « vi-ti ». « Alea jacta est » se dit « a-lé-a yak-ta est ».
C'est exactement le mécanisme décrit dans l'article sur les voix françaises qui sonnent anglaises : un modèle multilingue a vu passer bien plus de latin lu par des anglophones que par des francophones, et sans réglage il applique la lecture majoritaire. Le latin est le terrain où ce biais s'entend le plus, parce que le mot est étranger dans les deux langues et que le moteur n'a aucun repère orthographique français auquel se raccrocher.
| Locution | Lecture attendue (français) | Lecture anglicisée fautive |
|----------|-----------------------------|----------------------------|
| a priori | a pri-o-ri | é prï-o-raï |
| in fine | in-né fi-né | inn faïn |
| curriculum vitae | ku-ri-ku-lom vi-té | keu-rikuleum vi-taï |
| statu quo | sta-tu ko | staïtou kouo |
| grosso modo | gro-so mo-do | grôsseau môdo |
| mea culpa | mé-a kul-pa | mi-a keulpa |
| vice versa | vice vèr-sa | vaïce veursa |
L'abréviation qui piège tout le monde : etc.
Il y a un cas où même les outils corrects trébuchent, et il est partout : « etc. ». Ce n'est pas un sigle, c'est l'abréviation de « et cetera », et il doit se lire « et cé-té-ra ». Un moteur qui l'épelle « e-té-cé », qui le prononce comme un mot (« etk ») ou qui s'arrête sur le point comme sur une fin de phrase produit une faute qui saute à l'oreille dans le premier paragraphe venu. La bonne lecture suppose que le moteur sache développer l'abréviation avant de la prononcer, exactement comme il doit développer les sigles et acronymes, mais ici sans épellation : on ne dit pas les lettres, on dit le mot complet.
Le même travail vaut pour les autres abréviations savantes du français écrit. « Cf. » doit se lire « confer » (ou « voir »), pas « c-f ». « N.B. » se lit « nota bene ». « P. ex. » se lit « par exemple ». « Ibid. » et « op. cit. » appartiennent au même registre. Et « vs », très courant, se lit « versus », pas « v-s » ni « vèrsousse ». Aucune de ces formes ne se devine à partir des lettres : il faut que le moteur les connaisse comme des abréviations à développer, et sache laquelle se dit en latin et laquelle se traduit.
Ce que notre moteur en fait, sans surpromesse
Sur les locutions latines les plus courantes du français (a priori, a posteriori, de facto, in fine, in situ, grosso modo, statu quo, mea culpa, curriculum vitae) et sur les abréviations les plus fréquentes (etc., cf., N.B., p. ex., vs), le moteur applique la lecture française attendue, développe ce qui doit l'être et évite l'accent anglais. C'est le cœur du parti pris exposé sur la page text to speech français : bien lire une langue, avec ses emprunts et ses conventions, plutôt que réciter du latin avec un accent d'ailleurs.
Mais la limite mérite d'être dite, comme pour les mots anglais et anglicismes. Les locutions rares (modus operandi, casus belli, in extenso, ad libitum, sui generis) et les locutions latines propres à un métier, notamment en droit et en médecine, ne sont pas toutes couvertes. Sur celles-là, un moteur peut retomber dans la lecture par défaut, et rien dans le texte ne l'en empêche de lui-même.
Le geste qui garantit la bonne lecture
Quand une locution compte, parce qu'elle revient dans tous vos articles ou parce qu'elle appartient à votre domaine, la garantie vient du lexique de prononciation. Vous y déclarez une fois la lecture attendue, et le moteur cesse de deviner : un cabinet qui écrit sans cesse « in solidum » ou « intuitu personae » fixe leur lecture une bonne fois, et n'y revient plus.
Pour juger un outil en une minute, lisez-lui trois phrases : « Il faut trancher a priori » (attendu : a pri-o-ri), « Envoyez votre curriculum vitae » (attendu : vi-té) et « des fruits, des légumes, etc. » (attendu : et cé-té-ra). Un moteur qui passe ces trois-là lit le latin comme un francophone. Un moteur qui dit « é prï-o-raï » ou qui bute sur « etc. » applique les réflexes d'une autre langue, et vous le saurez avant d'équiper tout un site.
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