Synthèse vocale et français du Québec : ce qu'un outil français lit bien, ce qu'il ne rend pas
Un texte québécois lu par une voix pensée pour le français de France : ce qui passe sans accroc, où l'accent trahit l'outil, et ce qu'on peut corriger ou pas. Un paragraphe québécois passé au crible, sans rien cacher.
Un texte écrit à Montréal et un texte écrit à Lyon s'écrivent presque pareil. Ils ne se lisent pas pareil. C'est la première chose à comprendre avant de confier un contenu québécois à un outil de synthèse vocale pensé, comme le nôtre, pour le français : la question n'est pas de savoir s'il va lire les mots, il va les lire, mais de savoir ce que l'oreille d'un lecteur québécois va reconnaître, et ce qui va sonner « de France ». Voici la réponse honnête, avec un paragraphe québécois passé au crible.
Le français écrit est commun, l'oral ne l'est pas
L'essentiel de l'écart entre le français du Québec et celui de France vit à l'oral : l'accent, la prosodie, la façon de réaliser certaines voyelles et certaines consonnes. Or un outil de synthèse vocale part du texte écrit. Un article québécois bien rédigé est donc lu correctement et reste parfaitement intelligible : rien ne se perd du sens. Ce qui change, c'est la couleur de la voix. Nos voix françaises portent l'accent standard de France, pas celui de la Belle Province. Le dire d'emblée évite le malentendu le plus courant, celui du lecteur qui attend un accent local et entend Paris.
Ce que l'outil lit sans broncher
Le vocabulaire propre au Québec ne pose, en soi, aucun problème de lecture. Magasiner, courriel, stationnement, fin de semaine, présentement, dépanneur, cellulaire : ce sont des mots français, avec une graphie française, que le moteur prononce correctement sans réglage particulier. Même chose pour les nombres, qui suivent au Québec le système de France (soixante-dix, quatre-vingt-dix), contrairement au septante et au nonante de Belgique ou de Suisse. Un texte québécois courant, sans nom propre exotique ni anglicisme prononcé à l'anglaise, sort donc propre et compréhensible du premier coup.
Là où ça s'entend
Prenons un paragraphe volontairement typé : « En fin de semaine, on a magasiné à Chicoutimi, pis on est passés au dépanneur avant de reprendre le char pour l'Outaouais. » L'outil le lit sans erreur de sens, mais trois choses trahissent qu'il n'est pas d'ici. D'abord, l'assibilation : au Québec, le t et le d devant les voyelles i et u se réalisent avec un léger « ts » et « dz » (« tsu », « dzire »). Notre moteur ne la reproduit pas, il prononce ces consonnes à la française. Ensuite, les voyelles : le français québécois distingue et diphtongue des sons que le français de France a aplatis ; notre voix les rend à la française. Enfin, les noms propres de lieux, Chicoutimi, Outaouais, Kamouraska, Chibougamau, sont le vrai point de bascule : là, le risque n'est plus l'accent, c'est l'erreur franche de prononciation. C'est le même problème que pour n'importe quel nom propre ou nom de lieu en audio, simplement plus fréquent sur un texte québécois.
Ce qu'on peut corriger, ce qu'on ne peut pas
La distinction est nette, et elle décide de tout. Les noms propres, eux, se corrigent : notre correction ciblée permet d'imposer la prononciation attendue d'un mot, une fois pour toutes, et l'outil la respecte ensuite partout. Un éditeur québécois qui sonorise ses articles règle donc ses toponymes récurrents en amont, exactement comme un média régional français règle les siens. L'accent, en revanche, ne se règle pas : nos voix sont françaises, et nous n'offrons pas aujourd'hui de voix à l'accent québécois. Si c'est ce que vous cherchez, une voix qui « sonne d'ici » pour un public d'ici, l'outil ne le fait pas encore, et il vaut mieux le savoir avant de tester qu'après. C'est la même ligne que celle défendue par notre page text to speech français : elle est réglée pour bien lire une langue, pas pour imiter toutes ses variantes régionales.
Notre position, sans détour
Un texte québécois confié à WeDispatch est lu correctement, reste pleinement intelligible, et gagne à ce que ses noms propres soient réglés une fois. Ce qu'il n'aura pas, c'est l'accent du Québec : la voix restera française de France. Pour beaucoup d'usages, presse spécialisée, contenus institutionnels, blogs professionnels, cette intelligibilité suffit et l'accent importe peu. Pour un média qui fait de la proximité orale un argument, c'est une limite réelle, et nous préférons l'écrire que la maquiller. Cette honnêteté sur ce que l'outil ne fait pas est la même que celle que nous défendons dans ce que veut dire la qualité à la française : on dit ce qu'on lit bien, et on dit où s'arrête le réglage.
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