Mettre en audio le site d'un établissement scolaire : l'accessibilité, et la question des données
Le mot aux familles, la circulaire, le règlement intérieur : des textes que tout le monde est censé lire et que beaucoup ne lisent pas. L'audio aide, mais un site d'école a une contrainte que les autres n'ont pas : parmi ses lecteurs, il y a des mineurs.
Un site d'école, de collège ou de lycée publie des textes que tout le monde est supposé lire et que beaucoup ne lisent pas jusqu'au bout. Le mot aux familles pour la sortie scolaire, la circulaire sur les horaires de rentrée, le règlement intérieur, le projet d'établissement : ils sont souvent longs, parfois administratifs, et ils s'adressent à un public très large. Des parents qui lisent le français avec difficulté, des familles allophones, des élèves dyslexiques ou en difficulté de lecture. Pour chacun d'eux, un bouton « écouter » en haut de la page change concrètement l'accès à l'information, sans rien retirer à personne : le texte reste lisible pour ceux qui préfèrent lire.
C'est le même besoin que nous décrivons dans l'article sur l'audio et la dyslexie, transposé à un contexte où le lecteur n'a pas choisi d'être là : une famille ne s'abonne pas au site de l'école, elle doit s'y rendre parce que c'est le canal officiel. Ce qui rend l'accessibilité moins une option qu'une obligation de service.
La contrainte propre à l'école : des mineurs parmi les lecteurs
Là où un site de presse ou d'entreprise mesure son audience sans trop d'états d'âme, un établissement scolaire ne le peut pas. Parmi les personnes qui écouteront un article, il y a des élèves, donc des mineurs. La question n'est pas théorique : elle décide de ce qu'un outil a le droit d'enregistrer. Avant de confier le site de l'école à n'importe quel service de synthèse vocale, la vraie question n'est pas « est-ce que la voix est agréable », c'est « qu'est-ce que cet outil note sur la personne qui écoute ». C'est exactement le genre de point que nous détaillons sur notre page text to speech en français, et qui mérite d'être vérifié ligne à ligne plutôt que lu dans une plaquette.
Ce que notre lecteur enregistre sur un auditeur
Voici ce que le lecteur note quand quelqu'un écoute un article, lu dans le code qui le fait, sans rien ajouter. Chaque événement enregistré est de la forme « tel article, tel type d'événement, à telle date ». Les types sont en petit nombre : une écoute lancée, et quatre jalons qui disent jusqu'où l'écoute est allée (le quart, la moitié, les trois quarts, la fin). Rien d'autre.
Ce qui compte surtout, c'est ce qui n'y figure pas. Il n'y a aucun identifiant d'auditeur. Le lecteur ne pose pas de marqueur sur la personne qui écoute, ne la reconnaît pas d'une page à l'autre, ne suit pas sa position de lecture. C'est une décision de conception, pas un réglage qu'on pourrait oublier d'activer : les minutes d'écoute affichées à un éditeur sont une estimation déduite des jalons, justement parce que la position réelle n'est jamais suivie. Un élève qui écoute le règlement intérieur trois fois n'est pas vu comme un élève qui a écouté trois fois ; ce sont trois écoutes lancées, sans visage derrière.
Il y a un deuxième garde-fou, et il protège une personne et non une statistique. La répartition d'une audience par origine (combien d'écoutes viennent d'une lettre, combien du site) ne s'affiche qu'au-delà d'un certain nombre d'écoutes. En dessous, elle resterait masquée, parce qu'un pourcentage exact sur six écoutes ne décrit pas une audience : il désigne une personne. Nous préférons ne rien montrer plutôt qu'un chiffre capable de viser quelqu'un. Pour un établissement dont les effectifs sont parfois réduits, ce seuil n'est pas un détail.
Ce que ça ne règle pas
L'audio rend un texte accessible à l'oreille ; il ne rend pas le reste du site conforme. Un lecteur qui n'est pas pilotable au clavier, dont le focus n'est pas visible, ou qui ignore la demande de réduire les animations, aggrave l'accessibilité au lieu de l'améliorer. C'est un sujet à part entière, que nous traitons ailleurs, et qui vaut pour l'école comme pour tout autre site public. L'honnêteté commande aussi de dire que la synthèse vocale n'est pas un remplacement du travail d'un enseignant spécialisé : elle est un outil de confort et d'accès, utile précisément parce qu'il est simple et qu'il ne demande rien à celui qui écoute.
Enfin, l'école doit savoir où part le texte qu'elle met en audio, au même titre que n'importe quelle organisation. Nous l'expliquons en détail dans l'article sur où vont les données d'un texte envoyé en synthèse vocale. Pour un mot aux familles, le contenu n'a souvent rien de sensible ; mais la discipline de se poser la question une fois, au bon moment, vaut mieux que de ne jamais se la poser.
En résumé
Pour un site d'établissement scolaire, l'audio répond à un vrai besoin d'accès : des familles et des élèves pour qui lire est un effort. La particularité tient à ce que le public inclut des mineurs, ce qui déplace la question du confort vers celle des données. Sur ce point, le lecteur enregistre des écoutes et des jalons agrégés, sans identifiant d'auditeur et sans suivre la position de lecture, et il masque toute répartition trop fine pour ne pas pouvoir désigner une personne. C'est ce qu'il fait aujourd'hui, et c'est tout ce qu'il fait.
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