← Blog · 2 novembre 2026 · Read in English

Synthèse vocale et presse économique : comment se lisent Md€, T3, pb et CAC 40

Un article économique concentre plus de chiffres abrégés qu'aucun autre texte : millions, milliards, trimestres, points de base, sigles d'institutions. Vingt formes réelles passées dans notre préparation du texte, ce qu'elles donnent à l'oreille, et les quatre cas que nous laissons volontairement tels quels.

Une brève économique de cinq lignes peut contenir un chiffre d'affaires en milliards, une variation en pourcentage, un trimestre abrégé, une décision de banque centrale en points de base et deux sigles d'institutions. À l'écran, tout cela se lit d'un coup d'œil, parce que le lecteur de presse économique connaît les conventions. À l'oreille, chaque abréviation doit devenir une phrase, et une seule erreur (« un virgule cinq M D euros ») suffit à faire décrocher un auditeur qui, justement, écoute pour gagner du temps.

C'est un des terrains où la lecture du français par une machine se joue le plus nettement. Voici ce que fait notre préparation du texte, mesuré sur des phrases réelles, et ce qu'elle ne fait pas.

La méthode : des règles, pas une devinette

Avant que la voix ne lise, WeDispatch fait passer le texte par une préparation écrite sous forme de règles : chaque forme reconnue (un nombre suivi d'un multiplicateur et d'une devise, un trimestre suivi d'une année, un sigle d'une table connue) est réécrite comme elle se dit. Le principe directeur est simple : dans le doute, on ne touche pas. Une règle qui se trompe une fois sur dix met une faute là où il n'y en avait pas, et personne ne saura d'où elle vient. La page text to speech français explique pourquoi nous avons fait ce choix plutôt que de confier les nombres à un modèle de langage.

Les exemples qui suivent ne sont pas une démonstration arrangée : ce sont les sorties exactes de cette préparation, obtenues le jour de la publication de cet article.

Les montants : millions, milliards et devises

  • « 1,5 Md€ » devient un virgule cinq milliard d'euros
  • « 154 Mds€ » devient cent cinquante-quatre milliards d'euros
  • « 3 000 Md$ » devient trois mille milliards de dollars
  • « 500 K€ » devient cinq cent mille euros
  • « 1,2 M€ » devient un virgule deux million d'euros
  • « 12,80 € » devient douze euros quatre-vingts
  • « 0,85 € » devient quatre-vingt-cinq centimes

Deux détails montrent ce que « bien lire » veut dire. D'abord, « milliard » reste au singulier après 1,5 : en français, l'accord au pluriel commence à deux, et « un virgule cinq milliards » serait une faute que beaucoup d'outils commettent. Ensuite, le « de » qui suit un nom de quantité (« un milliard d'euros ») est ajouté, parce que million et milliard sont des noms, pas des adjectifs numéraux. Les variantes d'écriture que les rédactions emploient (Md, Mds, Mrd, Mrds, K en capitale) sont toutes reconnues. Les règles générales sur les devises sont détaillées dans notre article sur les monnaies en synthèse vocale.

Les variations et les taux

  • « +4,7 % » devient plus quatre virgule sept pour cent
  • « -0,4 % » devient moins zéro virgule quatre pour cent
  • « 3,75 % l'an » devient trois virgule soixante-quinze pour cent l'an
  • « de 8 à 9,5 % » devient de huit à neuf virgule cinq pour cent
  • « 25 pb » devient vingt-cinq points de base
  • « 12 % vs 2025 » devient douze pour cent contre deux mille vingt-cinq

Le point de base est un bon exemple de forme que seule la presse financière emploie, et qu'une voix lirait sinon « P B ». Le « vs » des tableaux de résultats devient « contre », qui est ce qu'un présentateur dirait. Pour les pourcentages en général, voyez les pourcentages et les taux.

Les périodes et les cours

  • « au T3 2026 » devient au troisième trimestre deux mille vingt-six
  • « Au S1 2026 » devient Au premier semestre deux mille vingt-six
  • « 2 400 $/oz » devient deux mille quatre cents dollars l'once
  • « 450 €/1 000 l » devient quatre cent cinquante euros les mille litres
  • « 7 512,34 points » devient sept mille cinq cent douze virgule trente-quatre points, et « CAC 40 » devient CAC quarante

Les prix à l'unité (la tonne, le mégawattheure, l'once, le kilo) sont lus comme un trader les dit, avec l'article défini : « l'once », pas « par once » ni « barre oz ».

Les sigles d'institutions

« La BCE relève ses taux » devient La Banque centrale européenne relève ses taux à la première occurrence, puis « la BCE » ensuite, comme l'écrirait un journaliste. Même chose pour PIB, TVA, INSEE, SMIC, URSSAF et une centaine d'autres sigles de la presse française. Le développement n'a lieu que si le déterminant qui précède s'accorde avec le genre du sigle : mieux vaut un sigle non développé qu'un « la Centre » à l'antenne. « Prix HT » devient prix hors taxes. La logique complète est expliquée dans notre article sur les sigles et acronymes.

Les quatre cas laissés tels quels, et pourquoi

C'est la partie la plus utile pour une rédaction, parce qu'elle dit où écouter.

« S1 » sans année

« Au S1 2026 » est développé, « au S1 » seul ne l'est pas. Sans l'année, S1 peut être un modèle de voiture, un niveau de classement ou une salle. La règle exige le contexte qui lève le doute. Si vos articles écrivent « au S1 » tout court, écrivez « au premier semestre », ou ajoutez l'entrée à votre lexique.

« Insee » en minuscules

« INSEE » en capitales est reconnu et développé ; « Insee », la graphie que l'institut emploie lui-même et que suivent beaucoup de rédactions, n'est pas touché et part tel quel vers la voix. Ce n'est pas forcément un défaut : le développement complet (« Institut national de la statistique et des études économiques ») est long, et une rédaction qui le juge trop lourd à l'oreille peut préférer garder le sigle. Écoutez simplement comment votre voix le prononce.

Les sigles sans table ni déterminant accordé

« Les PME » n'est pas développé : le sigle figure dans la table au singulier (« petite ou moyenne entreprise »), et un déterminant pluriel ne s'accorde pas avec ce développement, donc la règle s'abstient. « Ebitda » n'est dans aucune table et part tel quel. Dans les deux cas, c'est la voix qui décide de la prononciation. Si votre ligne éditoriale veut « petites et moyennes entreprises » ou « excédent brut d'exploitation », c'est au lexique de le dire.

Les barres de ratio

« Le ratio cours/bénéfice » garde sa barre, et c'est la voix qui l'interprète. Une barre entre deux mots peut vouloir dire « sur », « ou » ou « et » selon la phrase : nous ne la réécrivons pas. Écrire « le rapport cours sur bénéfice » règle la question à la source.

Le geste qui corrige

Pour tout ce qui précède, la correction se fait une fois, dans le lexique de prononciation du compte (une fonctionnalité des forfaits qui l'incluent) : « S1 → premier semestre », « Ebitda → excédent brut d'exploitation ». L'entrée s'applique à tous les articles suivants, et le texte affiché à l'écran ne change pas. Pour une rédaction économique ou une lettre professionnelle, le plus efficace est de prendre une semaine d'articles, de les écouter en entier une fois, et de noter les formes propres à votre maison. Notre article sur la presse spécialisée et les médias B2B décrit les usages de l'audio dans ce type de publication.

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