← Blog · 4 novembre 2026 · Read in English

Noms bretons, basques, corses, alsaciens : pourquoi la synthèse vocale les écorche, et comment on les corrige

Ploumanac'h, Itxassou, Porto-Vecchio, Schiltigheim, Papeete : les noms issus des langues régionales suivent d'autres règles d'écriture que le français. Ce qu'une voix française en fait, les graphies qui la trompent, et comment une rédaction locale règle le problème une fois pour toutes.

Une voix de synthèse française lit le français comme un bon lecteur : elle applique les règles d'écriture de la langue. Le problème commence quand le mot n'est pas tout à fait du français. Une bonne partie de la toponymie du pays vient du breton, du basque, du corse, de l'alsacien, du flamand, de l'occitan ou du tahitien, et ces langues ont leurs propres conventions. Écrits avec l'alphabet latin, ces noms ont l'air français. Ils ne se lisent pas comme du français.

Pour un titre de presse régionale, ce n'est pas un détail. Le nom de la commune est souvent le premier mot de l'article, il revient dix fois, et chaque auditeur du coin sait comment il se dit. Une voix qui prononce « Kar-èks » pour Carhaix perd sa crédibilité dès la première phrase, et aucune qualité de timbre ne la rattrape.

Ce qui trompe la voix : des lettres qui ne valent pas la même chose

L'erreur n'est pas aléatoire. Elle vient presque toujours d'une lettre ou d'un groupe de lettres qui a une valeur en français et une autre dans la langue d'origine. Quelques familles reviennent sans cesse.

Le breton : le c'h, le w et les finales

Le « c'h » breton se dit comme un « k » ou un souffle, jamais « che ». Le « w » se dit « v ». Et plusieurs finales que le français rendrait muettes, ou nasales, se prononcent : Lesneven se dit « Lès-ne-vène », pas « Lès-ne-van ».

Le basque : tx, x et z

Le basque écrit « tx » pour le son « tch », et le « z » s'y dit comme un « s ». Itxassou se dit « It-cha-ssou ». Une voix française, qui voit un « x » puis un « a », est tentée par « iks-a-ssou ».

Le corse : cci, cch et le e final

En corse, comme en italien, « cci » se dit « tch » et « cch » se dit « k ». Le « e » final ne s'efface pas : Corte se dit « Kor-té », et Porto-Vecchio « Porto-Vèk-io ».

L'alsacien, le mosellan et le flamand : ch, heim, w

Le « ch » final germanique se dit « k » (Forbach, Illzach, Neuf-Brisach), « heim » se dit « aïm », et le « w » redevient « v » : Wissembourg se dit « Vi-ssan-bour ». Côté flamand, Leffrinckoucke se termine en « kouk ».

Le tahitien et les langues polynésiennes : chaque voyelle compte

En tahitien, chaque voyelle se prononce, et le « u » se dit « ou ». Papeete fait quatre syllabes, « Pa-pé-é-té », et Faaa en fait trois. Une voix française fusionne volontiers deux voyelles en une, ce qui donne un nom que personne en Polynésie ne reconnaît.

Ce que nous avons préparé, et pourquoi rien ne s'applique tout seul

Le fait vérifiable de cet article, le voici. Nous tenons une banque de noms difficiles classés par thème, préparée fin septembre 2026 : communes aux lettres muettes, personnalités internationales, sport, culture, et un thème « noms régionaux » qui compte 70 entrées à lui seul. Chacune porte la graphie de lecture et la raison, avec l'erreur que la voix commet d'ordinaire :

| Nom écrit | Lecture attendue | Ce qui piège |
|---|---|---|
| Ploumanac'h | Plou-ma-nak | Le « c'h » breton se dit « k » ; la voix dit « nache » |
| Carhaix | Ka-rè | Le h et le x sont muets ; la voix dit « Kar-èks » |
| Aber-Wrac'h | Aber-Vrak | Le w se dit « v », le « c'h » se dit « k » |
| Itxassou | It-cha-ssou | « tx » basque se dit « tch » |
| Orthez | Or-tèsse | Le z final se dit « ss » |
| Porticcio | Por-ti-tcho | « cci » corse se dit « tch » |
| Schiltigheim | Chil-ti-gaïme | « Sch » se dit « ch », « heim » se dit « aïm » |
| Guebwiller | Guèb-vi-lère | Le w se dit « v », les l ne mouillent pas |
| Papeete | Pa-pé-é-té | Chaque voyelle se dit |
| Baie-Mahault | Baie-Ma-ô | « ault » se dit « ô » |

Ce tableau montre aussi la limite. Ces entrées sont des propositions, pas des règles. Aucune n'entre dans la lecture de nos clients tant qu'elle n'a pas été écoutée, telle quelle puis corrigée, et validée à l'oreille. La raison est simple : une erreur dans le lexique d'un client ne touche que lui, une erreur dans une base commune touche tout le monde, y compris ceux qui n'ont jamais ouvert l'écran du lexique. Une base fausse est pire qu'une base absente.

Certains noms sont d'ailleurs disputés sur place. Saint-Tropez se dit-il « Tro-pé » ou « Tro-pèze » ? Les habitants eux-mêmes ne sont pas unanimes, et c'est le genre de choix qu'un outil ne devrait pas trancher à la place d'une rédaction locale.

Le geste qui règle le problème pour votre territoire

C'est pour cela que la correction décisive reste celle de la rédaction. Le lexique de prononciation de votre compte accepte une entrée par ligne, au format écriture = prononciation, écrite en lettres françaises ordinaires, sans alphabet phonétique :

  • Penmarc'h = Pin-mar
  • Plancoët = Plan-ko-ète
  • Ghisonaccia = Gui-zo-na-tcha

La correction s'applique dès la génération suivante, sur tous les articles, sans réécrire le texte. Le lexique tient jusqu'à deux cents entrées : c'est largement assez pour les communes d'un département et les patronymes qui reviennent dans vos pages, à condition de s'en servir comme d'une liste de cas particuliers et non comme d'un dictionnaire. La méthode complète est détaillée dans l'article sur le lexique, et le cas plus large des élus et lieux-dits dans celui sur les noms propres en presse.

Le bon réflexe, pour un titre régional, est de constituer cette liste une fois, en une heure : les vingt communes les plus citées, les noms d'élus, les lieux-dits que la voix rate. Ensuite, elle se complète au fil des signalements.

Ce que l'outil ne fait pas : lire une phrase en breton

Il faut distinguer deux besoins. Bien prononcer un nom breton dans un article en français, c'est ce dont il est question ici, et le lexique y répond. Lire un paragraphe entier en breton, en basque, en corse ou en créole est autre chose : aucune de ces langues ne figure aujourd'hui parmi nos langues de lecture. Une collectivité qui publie une page bilingue français et breton aura donc l'audio de la partie française, et une phrase en breton lue avec les règles du français ne donnera rien de bon. Mieux vaut le savoir avant que de le découvrir à l'écoute.

C'est une conséquence directe de notre parti pris, exposé sur la page text to speech français : bien lire le français d'abord, y compris le français de nos régions, plutôt que de prétendre lire des langues que nous ne savons pas encore évaluer à l'oreille.

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