← Blog · 29 octobre 2026 · Read in English

Noms de famille en majuscules : pourquoi une voix de synthèse les épelle, et ce qu'on y peut

Communiqués, dépêches, faire-part, récits militaires : le français administratif écrit les noms en capitales, et une voix de synthèse y voit des sigles. Ce que notre préparation du texte corrige, ce qu'elle laisse passer, testé phrase par phrase.

« Le colonel N, I, C, O, T prend la décision. » Personne n'écrit cette phrase, et pourtant c'est ce qu'une voix de synthèse peut prononcer quand le texte porte « le colonel NICOT ». Le défaut ne vient pas d'une mauvaise voix. Il vient d'une convention d'écriture que la machine ne connaît pas.

Le français administratif écrit les noms de famille en capitales. C'est l'usage des actes d'état civil, des communiqués de presse, des dépêches, des faire-part, des comptes rendus de conseil municipal et des récits d'histoire militaire. À l'œil, le procédé est utile : il distingue le nom du prénom, surtout quand le nom ressemble à un prénom (« Martin THOMAS »). À l'oreille, il pose un problème que la qualité de la voix ne règle pas.

Pourquoi la machine épelle

Pour un moteur de synthèse, un mot entièrement en capitales est d'abord un candidat au statut de sigle. SNCF s'épelle, OTAN se prononce comme un mot, CAF se développe ou se dit « caf » selon les cas : nous avons détaillé ces arbitrages dans notre article sur les sigles. Face à « DECHAUX », le moteur n'a aucun moyen de savoir qu'il s'agit d'un général et non d'un organisme. Il tente sa chance, et une partie du temps il épelle.

Le cas n'est pas théorique. Le 18 septembre 2026, à l'écoute d'une page d'histoire militaire publiée par un client, la phrase « Les généraux GILLES, DECHAUX et BODET sont à bord » sortait avec « DECHAUX » récité lettre par lettre. Le reste de la lecture était juste ; c'est ce seul mot qu'on retenait.

Aucun modèle de langue ne règle ce point par la connaissance du monde, parce que la question n'est pas de savoir qui est Dechaux. Elle est typographique : dans quel contexte une suite de capitales désigne-t-elle une personne ?

La règle que nous appliquons

Notre préparation du texte, celle qui tourne avant que la voix ne lise quoi que ce soit, repère un mot en capitales quand il suit un titre qui annonce une personne, et le remet en casse normale. « NICOT » devient « Nicot », et la voix le lit comme un nom.

Voici le comportement réel, phrase par phrase, tel que nous l'avons vérifié en faisant tourner le code sur chacune :

  • « Le colonel NICOT prend la décision » devient « Le colonel Nicot ». Même chose derrière « capitaine », « président », « maire », « ministre », « préfet » ou « docteur ».
  • « Les généraux GILLES, DECHAUX et BODET » : les trois noms sont traités, l'énumération entière suit le titre au pluriel.
  • « Monsieur DUPONT et Madame MARTIN », comme « Mme LEFEBVRE-MARTIN » : la civilité suffit, abrégée ou non, et le nom composé garde son trait d'union.
  • « Me DURAND plaide » donne « maître Durand », et « le Dr MARTIN » donne « le docteur Martin » : l'abréviation est développée, puis le nom remis en casse normale.
  • « L'adjoint de NAVARRE » : un titre qui appelle un complément (on est l'adjoint de quelqu'un) fonctionne aussi.

La règle a ses gardes, et elles comptent autant qu'elle. « Le patron de SNCF » ne devient pas « le patron de Sncf » : un sigle connu reste un sigle, et il est développé comme tel. « Le col du Galibier » n'est pas pris pour une abréviation de colonel. Et « Ce dossier », où deux capitales se suivent en début de phrase, n'est pas touché. Une règle qui corrige ce qui était juste est pire qu'une règle absente, parce qu'elle abîme un texte qui ne demandait rien.

Ce qu'elle laisse passer

Voici les formes que la règle ne traite pas aujourd'hui, testées de la même façon. Le mot reste alors en capitales jusqu'à la voix, qui peut le lire correctement ou l'épeler selon le mot : nous ne pouvons pas promettre l'un ou l'autre.

  • Le prénom suivi du nom : « Jean DUPONT a déclaré », « Contact : Marie DURAND ». C'est pourtant la forme la plus fréquente d'un communiqué de presse, en signature ou en contact.
  • Un prénom glissé entre la civilité et le nom : « Mme Claire DUBOIS » garde « DUBOIS » en capitales, alors que « Mme DUBOIS » est traité.
  • Le nom seul en début de phrase : « DUPONT a déclaré hier ».
  • Les noms à particule ou en deux mots : « le général DE LATTRE », « le ministre LE MAIRE ».
  • « M. » suivi d'un nom en capitales : « M. DURAND » reste tel quel, abréviation comprise.
  • Les formules de faire-part : « Les époux DURAND ».
  • Un titre qui n'est pas dans la liste : « le directeur de NAVARRE » n'est pas traité, quand « l'adjoint de NAVARRE » l'est.

Pourquoi ne pas tout passer en minuscules ? Parce qu'un mot en capitales sans contexte est réellement ambigu. « CAF », « OTAN », « UNESCO » ou le nom d'une marque écrite en capitales ne sont pas des personnes. Une règle large rendrait les patronymes justes et casserait les sigles, et nous préférons une faute rare, visible et corrigeable, à une faute systématique sur des mots qui étaient bien lus.

Les deux gestes qui règlent le reste

Écrire le nom en casse normale dans le texte lu. C'est la solution la plus simple quand vous maîtrisez la source : « Jean Dupont » se lit sans hésitation. Beaucoup de rédactions gardent les capitales pour l'œil par habitude plus que par nécessité ; un article web n'est pas un acte d'état civil.

Inscrire le nom dans le lexique de prononciation. Le lexique s'applique sans tenir compte de la casse : une entrée « Durand » se déclenche aussi sur « DURAND », et la voix reçoit la forme que vous avez inscrite. Le texte affiché, lui, ne change pas : la lecture suivie et les sous-titres gardent « DURAND » tel que vous l'avez écrit. Pour un nom qui revient (le maire, le président du club, l'auteur d'une chronique), une entrée suffit pour tous les articles suivants. Le fonctionnement est décrit sur la page du lexique de prononciation.

Comment le vérifier chez n'importe quel outil

Faites lire trois phrases : « Le colonel NICOT prend la décision », « Jean DUPONT a déclaré hier » et « Le patron de SNCF a parlé ». La première dit si l'outil connaît la convention, la deuxième s'il va au-delà du cas facile, la troisième s'il ne casse pas les sigles en voulant bien faire. Un outil qui tient la première et la troisième fait déjà mieux qu'une lecture brute. La deuxième, c'est aussi chez nous qu'elle échoue aujourd'hui, et c'est pour elle que les deux gestes ci-dessus existent.

Les cas de la première famille figurent dans le relevé public de nos pièges de lecture, sur notre page text to speech français : le score affiché y est calculé à partir des mêmes phrases que nos tests, et il baisse le jour où une règle casse. Les formes de la liste « ce qu'elle laisse passer » n'y sont pas encore. Elles sont écrites ici pour que vous sachiez quoi surveiller en attendant, et le jour où elles seront traitées, elles entreront dans ce relevé.

Sonorisez vos articles avec WeDispatch

Ce blog sera lui-même sonorisé par WeDispatch. Envie de voir ce que ça donne sur vos contenus ?

Demandez une démo

À lire aussi