Septante, nonante, huitante : lire les nombres pour un public belge ou suisse
Une voix réglée pour le français de France lit le nombre 70 « soixante-dix ». Un lecteur belge ou suisse, lui, dit « septante ». Ce décalage ne s'entend que sur les nombres, il est réel, et il se règle au moment où l'on écrit, pas après. Le tableau des formes, et le seul levier que vous tenez vraiment.
Le français écrit est le même de Bruxelles à Genève en passant par Paris, à une poignée de mots près. Le français parlé, non. Et le point où l'écart s'entend le plus nettement n'est pas l'accent, c'est le nombre. Un média belge, une administration suisse romande, une association qui s'adresse à des membres des deux pays : tous écrivent « 70 % de participation » ou « 90 euros », et tous attendent que l'oreille entende ce que leur public dit tous les jours. C'est exactement là qu'une voix de synthèse réglée pour la France passe à côté.
Ce que fait une voix réglée pour le français de France
Une voix de synthèse ne lit pas des chiffres, elle lit des nombres : elle transforme « 70 » en mots avant de les prononcer. Et elle le fait selon la variété de français pour laquelle elle a été entraînée. Une voix de France lira « 70 » en « soixante-dix », « 92 » en « quatre-vingt-douze », « 80 » en « quatre-vingts ». C'est juste pour un auditeur parisien, et c'est précisément ce qu'un auditeur liégeois ou lausannois n'entend jamais dans sa vie courante.
Ce n'est pas un défaut de prononciation, au sens où le mot serait mal dit : « quatre-vingt-douze » est parfaitement articulé. C'est un défaut de variété. La voix dit correctement le nombre d'un autre pays que celui de votre lecteur. Et comme le reste de l'article, lui, est dans un français neutre qui convient partout, le contraste est d'autant plus net quand tombe le premier nombre.
Le tableau des formes
Voici ce qui change réellement, pour les dizaines concernées. C'est un fait de langue, vérifiable, indépendant de tout outil :
| Nombre | France | Belgique | Suisse romande |
|---|---|---|---|
| 70 | soixante-dix | septante | septante |
| 71 | soixante et onze | septante et un | septante et un |
| 80 | quatre-vingts | quatre-vingts | huitante (Vaud, Valais, Fribourg) ou quatre-vingts (Genève, Neuchâtel) |
| 90 | quatre-vingt-dix | nonante | nonante |
| 98 | quatre-vingt-dix-huit | nonante-huit | nonante-huit |
Deux choses à retenir. D'abord, la Belgique et la Suisse s'accordent sur « septante » et « nonante », mais divergent sur 80 : la Belgique dit « quatre-vingts » comme la France, alors qu'une partie de la Suisse romande dit « huitante ». Ensuite, « huitante » n'est pas universel en Suisse : Genève et Neuchâtel disent « quatre-vingts ». Un outil qui prétendrait « parler suisse » devrait donc déjà choisir entre deux Suisses. C'est une raison de plus de ne pas promettre ce qu'on ne tient pas, et nous expliquons ce choix dans ce qu'un seul outil peut et ne peut pas ajuster entre les variantes du français.
Le seul levier que vous tenez vraiment : le texte
Voici le point utile, et il est simple. Une voix lit le mot « septante » exactement comme il est écrit : c'est un mot français normal, pas une exception à corriger. Ce qu'elle interprète à sa façon, c'est le chiffre « 70 », qu'elle traduit en mots selon sa variété. Donc le levier que vous tenez de bout en bout, c'est la forme écrite.
Pour un public belge ou suisse, trois gestes règlent la quasi-totalité des cas. Écrire en toutes lettres, dans la forme locale, les nombres qui portent le sens d'une phrase (« une hausse de septante euros ») plutôt que de laisser le chiffre à l'interprétation de la voix. Garder les chiffres pour les tableaux, les montants longs et les données où personne ne lit « soixante-dix » comme un marqueur régional. Et relire l'audio sur les passages qui comptent, parce qu'un nombre mal dit à l'oral ne se voit pas à l'écrit : c'est la même discipline que pour la lecture des nombres en français en général, où chaque forme écrite a une lecture attendue et une lecture fausse.
Ce conseil a une limite honnête : il vaut pour les nombres qui font sens dans la phrase, pas pour un relevé de deux cents lignes. Sur un tableau chiffré, écrire chaque nombre en toutes lettres est illisible à l'œil, et l'audio d'un tableau est de toute façon un exercice ingrat, que nous traitons à part.
Ce que nous ne faisons pas
Nous ne proposons pas de voix « belge » ni de voix « suisse », et nous ne prétendons pas qu'un réglage transforme « soixante-dix » en « septante » à la volée sur vos chiffres. Le faire proprement supposerait de deviner, nombre par nombre, si « 80 » doit devenir « huitante » ou « quatre-vingts » selon le canton de votre lecteur, ce qu'aucun texte ne dit. Notre parti pris, c'est bien lire le français que vous écrivez, et de vous laisser le contrôle de la forme là où elle porte un sens régional. C'est moins spectaculaire qu'une promesse d'accent local, mais c'est vrai, et un éditeur belge ou suisse préfère un outil qui dit ce qu'il fait à un outil qui joue un local qu'il n'est pas.
Si vous servez les deux publics avec les mêmes articles, le bon test est le vôtre : prenez un texte qui contient un 70, un 90 et un montant, et écoutez. Vous saurez en une minute où écrire le mot plutôt que le chiffre, et le reste de votre blog suivra la même règle sans y penser.
Sonorisez vos articles avec WeDispatch
Ce blog sera lui-même sonorisé par WeDispatch. Envie de voir ce que ça donne sur vos contenus ?
Demandez une démo