Abréviations, unités et symboles : le petit peuple des textes qui piège la synthèse vocale
M., Mme, cf., n°, km, %, €, m2 : chacun a une lecture attendue à voix haute et une lecture fausse qui trahit la machine. Un tableau clair, et le geste pour corriger ce qui accroche, une fois pour toutes.
Un texte français est plein de petites formes qu'on lit sans y penser à l'écrit et qui deviennent des pièges dès qu'une voix doit les dire à haute voix. « M. Dupont habite au n° 12, à 3 km du centre, dans un studio de 25 m2 loué 600 € par mois. » Vous avez lu cette phrase correctement d'un coup. Une voix de synthèse, elle, doit décider comment dire « M. », « n° », « km », « m2 » et « € », et chaque décision peut sonner juste ou faux. Ce billet fait le tour de ce petit peuple des abréviations, des unités et des symboles, distinct des nombres et des sigles que nous avons traités ailleurs.
Trois familles, une même exigence
Ces formes se rangent en trois familles. Les abréviations de mots (M. pour Monsieur, cf. pour confer, etc. pour et cetera) : la voix doit restituer le mot entier, pas les lettres. Les unités de mesure (km, kg, %, €) : elles doivent se lire en toutes lettres et s'accorder avec le nombre qui précède. Les symboles (n°, &, @, §) : chacun a un nom parlé qui n'a rien à voir avec son dessin. Dans les trois cas, l'exigence est la même : ce qui est écrit court doit se dire long, et se dire juste.
Le tableau des cas courants
Voici les formes qui reviennent le plus, avec la lecture attendue et l'erreur qu'on entend quand un outil se trompe.
| Forme écrite | Lecture attendue | Erreur fréquente |
|---|---|---|
| M. Dupont | Monsieur Dupont | la lettre « em », ou « mètre » |
| Mme, Mlle | Madame, Mademoiselle | épelé, ou ignoré |
| Me Martin | Maître Martin | « me », comme le pronom |
| Dr, Pr | Docteur, Professeur | « der », « peer » |
| cf. | confer (ou « voir ») | « cé-eff » |
| c.-à-d. | c'est-à-dire | lettres épelées |
| n° 12 | numéro douze | « n » puis « degré » |
| p. 40 | page quarante | la lettre « pé » |
| 3 km | trois kilomètres | « trois ka-em » |
| 25 m2 | vingt-cinq mètres carrés | « mètre deux » |
| 90 km/h | quatre-vingt-dix kilomètres par heure | « ka-em barre h » |
| 20 % | vingt pour cent | « vingt pourcentage » |
| 600 € | six cents euros | « euro » au singulier, ou « E » |
| 12 M€ | douze millions d'euros | « douze M euros » |
| 18 °C | dix-huit degrés Celsius | « degré C » |
| & | et | « esperluette » lue à voix haute |
| @ | arobase | « at » à l'anglaise |
Ce tableau n'a rien d'exhaustif, mais il montre le motif : à chaque forme courte correspond une forme parlée précise, et l'erreur consiste presque toujours soit à épeler ce qui devait se dire, soit à lire le symbole comme un caractère au lieu de son nom.
Comment un outil s'en sort, et où il cale
Une voix neuronale gère bien les formes les plus fréquentes, parce qu'elle les a vues des milliers de fois à l'entraînement : « M. » suivi d'un nom devient presque toujours « Monsieur », « % » devient « pour cent », « km » devient « kilomètres ». Notre moteur développe ces cas courants sans réglage. Là où ça se complique, c'est sur les formes ambiguës et rares. « M. » en début de phrase peut être Monsieur ou l'initiale d'un prénom. « Me » est Maître pour un avocat mais se lit « me » ailleurs. Une unité collée à un nombre sans espace, ou une abréviation propre à votre métier, sort plus souvent de travers. C'est le même phénomène que pour les sigles : sur le rare et l'ambigu, la machine fait une hypothèse, et une hypothèse se trompe parfois.
Changer de voix ne règle rien, car une autre voix fera les mêmes suppositions sur les mêmes mots. La vraie question à poser à un outil n'est donc pas « lit-il bien mes abréviations ? » mais « puis-je lui imposer la bonne lecture là où il se trompe, et cette consigne tient-elle sur tous mes articles ? ». C'est la ligne que défend notre page text to speech français : un socle solide sur le courant, et la main laissée à l'auteur sur les cas particuliers.
Le geste de correction
Chez WeDispatch, ces cas se corrigent par le lexique de prononciation, une petite liste que vous tenez vous-même, une ligne par entrée. Vous y écrivez la forme telle qu'elle doit être dite : par exemple une abréviation métier que la voix épelle, ou un symbole qu'elle nomme mal. La règle s'applique ensuite de façon identique à chaque synthèse, sur tous les articles suivants, sans que vous ayez à réécrire vos textes ni à régénérer ceux déjà produits. Le texte affiché à l'écran, quand la lecture suivie est active, suit la prononciation corrigée, pour que le mot mis en avant soit bien celui qu'on entend.
Ce qu'il faut en retenir
Le bon réflexe tient en trois temps : repérer les cinq ou six formes courtes qui reviennent dans vos contenus (le titre de civilité, l'unité maison, le symbole récurrent), écouter ce que la voix en fait, et corriger d'un trait celles qui accrochent. Après quoi le sujet disparaît, exactement comme pour un nom propre réglé une fois. C'est l'esprit du test que nous recommandons avant tout engagement, décrit dans comment évaluer une voix neuronale : on n'attend pas d'un outil qu'il devine tout, on attend qu'il nous laisse fixer ce qui compte.
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